Au XIXe siècle, les deux manufactures sont réunies, des noms fabuleux et des pièces à découvrir au gré des vitrines des commerçants de Lunéville.

Les Manufactures Royales de faïences de Lunéville/Saint-Clément sont inscrites dans l’histoire de la ville depuis plus de 250 ans. Un long fleuve, pas toujours tranquille, mais toujours tourné vers la production artistique.

Lunéville et Saint-Clément peuvent se vanter d’avoir servi des rois dont Stanislas Leczinski et la Reine. Si Marie–Antoinette, fille de l’empereur d'Autriche François 1er, compte parmi ses prénoms de baptême "Lorraine", c’est parce que son père n’a pas oublié ses racines : il est le fils aîné de Léopold, duc de Lorraine. Devenue reine de France en 1774, à l'âge de 19 ans, Marie-Antoinette reste attachée à la Lorraine et règne par son charme et son goût sur la mode et les arts de son temps.

Pourquoi des manufactures à Lunéville et à Saint-Clément ?

Tout a commencé sous le règne de Stanislas. Jacques Chambrette, alors manufacturier à Lunéville est à la tête d’une affaire prospère. Il a mis au point une recette de pâte à faïence fine, qu’il a appelée « Terre de Pipe » et qui lui a valu nombre de privilèges et exemptions. Ses « porcelaines à la mode d’Angleterre » sont très prisées, et Chambrette se sent à l’étroit dans les limites du territoire ducal. Il désire étendre son marché, mais pour exporter vers la France, les taxes à acquitter sont coûteuses, la concurrence est rude. Les manufactures de Lunéville triomphent.

Or, à Saint-Clément, petite bourgade à 10 km à l’est de Lunéville, il est possible de bénéficier d’une fiscalité douanière allégée. Cette terre d’évêché, « annexée » par Louis XIV un siècle plus tôt, bénéficie en effet d’un régime fiscal différent, et les taxes à l’exportation vers le Royaume de France y sont sept fois moins importantes. Pour Chambrette, qui vise les exportations vers le Nouveau Monde, une «délocalisation » apparaît vite une excellente solution, et la manufacture est construite en 1758 !

Au XIXè siècle, les deux Manufactures que sont Lunéville et Saint-Clément ont reuni leurs outils de production sur le site de Saint-Clément.

Quand Marie-Antoinette se fournissait à Saint-Clément

En 1763, la jeune manufacture est achetée par Richard Mique, architecte de Stanislas et Paul-Louis Cyfflé, sculpteur. Ceux-ci vont assurer à l’entreprise prospérité et renom.

Cyfflé apporte à Saint-Clément ses modèles de statuettes, et Lemire, son talentueux élève, sera un des premiers modeleurs. Les modèles de Cyfflé, appréciés des collectionneurs connaissent une nouvelle jeunesse à l’aube du XXIe siècle…

Richard Mique, appelé à Versailles par Marie Leszczynska, y déploie tout son talent et devient vite son premier architecte. Il est adopté ensuite par la nouvelle Reine. Marie-Antoinette, la « femme de France qui marche le mieux » selon un auteur contemporain séduit par la légèreté de sa démarche et la fierté gracieuse de son port de tête, a en fait un goût pour la simplicité. Elle veut pouvoir vivre « une vie de bergère » avec ses amis, et révoquer ainsi les contraintes de l'étiquette dans son domaine du Petit Trianon. En 1785, elle demande à Richard Mique, son architecte favori, de remodeler le Petit Trianon de Le Nôtre et de le convertir en "parc à l'anglaise". Pour orner les jardins, Richard Mique fait réaliser 1 500 « pots à la Reine » à la Manufacture de Saint-Clément. Ces pots, peints en camaïeu bleu de grand feu, d’une guirlande de fleurs et de nœuds, dits "nœuds d'amour" portent le monogramme de Marie-Antoinette dans un médaillon. L’ensemble est caractéristique du nouveau style adopté par la Reine et signe ainsi l'abandon du style rocaille. Le "style Louis XVI" est introduit à la manufacture.

Un seul "pot à la reine" original a survécu à la Révolution, et a été heureusement conservé dans les réserves du Musée National de la Céramique de Sèvres. La manufacture de Saint-Clément l’a réédité en 2007, et il orne à nouveau les balcons et terrasses du Hameau de la Reine.

A la veille de la Révolution, les modèles créés par des sculpteurs de talent sont moulés puis décorés à l’or fin ou en « réverbère », (c’est-à-dire de peintures aux riches couleurs rouges obtenues avec le fameux pourpre de Cassius (précipité de sels d’or) cuit au petit feu) par une centaine de faïenciers. Ces nombreux vases et jardinières de style rocaille, puis Louis XVI, seront repris au XIXe siècle pour le bonheur des collectionneurs.

La période révolutionnaire n’épargne pas Saint-Clément, qui voit son riche propriétaire périr sur l’échafaud. La dure concurrence anglaise et les débuts de la porcelaine rendent la vie difficile pour les faïenceries, et beaucoup fermeront leurs portes avant 1840.

La période Thomas : Saint-Clément aux Expositions Universelles

Saint-Clément devra son salut, certes à la qualité de son personnel, mais aussi à l’audace d’un notable local. Lorsque Germain Thomas se marie à Saint-Clément en 1799, il a tout juste 20 ans et se déclare apprenti maréchal ferrant. Tour à tour taillandier, aubergiste, puis cultivateur, son caractère entreprenant l’amène, dès 1824, à acheter des parts de la manufacture « Mique & Cie » aux multiples héritiers. La génération suivante, devenue l’unique propriétaire, saura s’entourer de directeurs et d’artistes compétents pour mener la manufacture jusqu’à la fin du siècle.

Saint-Clément est présente aux expositions de l’Industrie et obtient en 1827 une mention honorable du Jury, une médaille d’or en 1838 et 1839. En 1838, le rapport de l’exposition des produits de l’industrie du département de la Meurthe fait l’éloge de Saint-Clément en ces termes : “Il est simple de vous présenter le résultat de nos examens sur la faïence de Saint-Clément, car les pièces exposées attestent l'habileté et le soin qui ont procédés à leur fabrication. Les formes en sont belles, convenables, la pâte en est blanche, homogène, toujours de la même teinte, recouverte d'un vernis dur, résistant au couteau et procurent ainsi à la faïence de Saint-Clément l'avantage de lutter avec la couleur. Cette fabrique qui occupe un grand nombre d'ouvriers est une des plus intéressantes du département"

L’exposition universelle de Paris en 1878, longuement et minutieusement préparée, permet d’exposer au public des pièces d’exception, dont certaines retrouvées, seront présentées cet été à Saint-Clément, une première !

Charles et Emile Gallé à Saint-Clément

Alexandre Thomas nouera une fructueuse collaboration avec Charles et Emile Gallé. Créateurs de modèles et marchands à Nancy, ils feront éditer leurs dessins à Saint-Clément de 1864 à 1876. La mode de l’époque est à la reprise des modèles du XVIIIe siècle, et les Gallé excelleront à remettre au goût du jour les anciennes productions de Saint-Clément. Le style « Marie Antoinette » fait à nouveau fureur. Les services aux blasons héraldiques et les lions de cette période sont très recherchés. Emile, fort de sa passion pour la botanique, peint les humbles fleurs lorraines sur ses faïences, le service herbier, décoré de pois ou de pousses de haricots triomphe. Les services de table aux fines fleurs sauvages, peintes dans une douce polychromie en qualité fine ont été appréciés de la clientèle jusque dans les années 1920… Son goût pour la nature et sa fascination pour les céramiques japonaises ont permis à Gallé de balbutier, sur les faïences de Saint-Clément, les premiers décors de l’Art Nouveau.

1892 : la réunion avec Lunéville

C’est Keller et Guérin, propriétaires de la manufacture de Lunéville, qui feront revenir Saint-Clément dans le giron de la faïencerie mère, après 130 années d’une vie autonome bien remplie. La Société K&G, qui a succédé aux Chambrette depuis 1786, est alors en plein essor, et domine le marché français depuis que sa grande rivale, Sarreguemines, a été annexée par l’Allemagne en 1870. Sous la signature « SC-KG » de nombreuses pièces décoratives et services de table peint-main seront produits Saint-Clément, qui garde sa vocation de faïencerie d’Art, aux côtés de Lunéville, manufacture industrielle qui compte près de 1 000 ouvriers. Les décors Vieux Delft, Vieux Rouen, Renaissance, Réverbère fleur, coq, chinois, les barbotines perpétuent la tradition…

1923-2006 : la saga des Fenal

Cette famille a marqué le Lunévillois de son empreinte. Nicolas Fenal, notable local, prend en main les destinées de la manufacture de Pexonne au moment même où Germain Thomas s’active à Saint-Clément. Ses descendants portent la manufacture au niveau industriel, et l’un d'eux, Théophile, crée sa propre manufacture à Badonviller en 1896. Théophile, élu député de l’arrondissement, est un personnage important. Dans son entreprise, il applique les lignes de son programme électoral : « L’union du capital et du travail », et développe une politique sociale novatrice et ambitieuse : participation aux bénéfices, caisses de secours, etc. En 1923, il achète les manufactures aux associés K&G, sans repreneur dans la famille, et regroupe ainsi trois grandes manufactures de la Lorraine Sud.

Celui-ci, puis son fils Edouard, poursuivent dans la même tradition, créant à Lunéville un nouvel atelier d’Art avec les frères Mougin, éditant à Saint-Clément tout un bestiaire en craquelé créé par des sculpteurs de renom pour les Grands Magasins Parisiens : les trésors de la période de l’Art Déco.

En 1980, le groupe s’ agrandit encore avec le rachat des manufactures du groupe (Sarreguemines, Digoin, Vitry-le-François et Salins).

Vers une nouvelle jeunesse 

Saint-Clément, la dernière manufacture en activité sur le secteur est reprise en décembre 2006 par le groupe « Faïence et Cristal de France » qui réunit ainsi quatre manufactures au long passé prestigieux, toutes consacrées aux arts de la table : la faïencerie de Niderviller, les cristalleries de Vallerystahl et Portieux.

Le nouveau groupe lorrain, « Terres d’Est » a la volonté de faire revivre les splendeurs du passé. Déjà, des vieux moules sont retrouvés dans les greniers, et de nouvelles faïences sont créées au goût des amateurs éclairés du XXIe siècle. La re-création d’une figure mythique de Lunéville, le Nain Bébé, disparue dans l’incendie du château en janvier 2002 sera le symbole de la perpétuation du savoir-faire à l’occasion des 250 ans de la manufacture..

Depuis 2012, les Manufactures sont rachetées par Jean-Claude Kergoat et sa société Les Jolies Céramiques, et continuent leur développement vers l’élégance et le raffinement.

POUR DÉCOUVRIR LES DIFFÉRENTES TECHNIQUES, CLIQUEZ SUR LES IMAGES :

Remerciement : Catherine Calame pour sa participation au texte.

Visitez le site internet de la manufacture : http://www.terresdest.fr/fr/

Mairie de Lunéville
2 Place Saint-Rémy
54300 Lunéville
tél: 03.83.76.23.00

Horaires d'ouvertures